Anorexie : faut-il bouter les « pro-ana » hors du web ?

Le réseau social Pinterest va modifier, à compter du vendredi 6 avril, ses conditions d’utilisation dans le but d’interdire les contenus faisant l’apologie de l’anorexie, une décision qui constitue une nouvelle étape dans la guerre contre la communauté dit « pro-ana ».

En effet, les grandes plateformes et réseaux sociaux sont en train de bouter peu à peu hors du web cette communauté peu connue, mais particulièrement active et constituée de défenseurs de l’anorexie pour qui la maigreur extrême est devenue un modèle. Depuis de nombreuses années, ce mouvement baptisé « pro-ana » prône l’anorexie qu’il considère non comme une maladie, mais comme un mode de vie. Ces fanatiques de la maigreur rejettent d’ailleurs souvent toute analyse médicale ou psychiatrique : pour eux, la maigreur est tout simplement synonyme de beauté. Plus un corps est maigre, plus il est beau.

On est donc loin de l’anorexique dont la vision de son propre corps est déformée par la maladie et qui se trouve constamment trop gros. Le pro-ana, lui, a bien conscience de sa maigreur. Il la met en valeur, l’exhibe. Sur ces sites, le poids s’affiche fièrement et on échange des conseils de beauté, des « trucs » de régime. L’anorexie n’est plus honteuse, elle est revendiquée et devient un mode de vie.

Mobilisation de l’opinion publique

Le mouvement « pro-ana » a quasiment toujours été présent sur internet sous divers formes : blogs, « web-rings », forums… Et ces dernières années, il s’est bien entendu adapté à l’explosion des réseaux sociaux. Mais il doit également faire face à une opinion publique de plus en plus sensible au problème des troubles alimentaires. Les polémiques récurrentes sur l’obsession pour la maigreur de certains créateurs de mode et certains magazines féminins conduit de plus en plus de plateformes à tout simplement bannir les contenus faisant la promotion de l’anorexie.

Le nouveau réseau social à la mode Pinterest est donc le dernier site en date à se lancer dans la chasse aux pro-anas, indiquant qu’il n’accepterait plus les contenus « encourageant explicitement à l’automutilation ou abus ». Ce réseau social fonctionnant avec un système d’images, censées représenter les centres d’intérêt des utilisateurs avait en effet été envahi par des photos des corps amaigris, rassemblés sous le mot clef #thinspo, abréviation de « Thinsporation », un terme pro-ana désignant des photos de corps décharnés.

Cette décision de Pinterest fait suite à celle, prise le mois dernier, par la plateforme de blogs Tumblr qui, lui aussi, avait été épinglé pour avoir hébergé de nombreux blogs pro-ana. Une décision qui avait provoqué une vague de migration des blogs en questions vers Pinterest… Il y a donc fort à parier que les « pro-ana » sont déjà la recherche d’un nouveau support. Le prochain site à bannir les pro-ana pourrait bien être le service de partage de photos Instagram, qui dispose lui aussi de hashtags #thinspo #proana #prettythin ou autres.

Le bannissement, solution de facilité?

Mais casser le thermomètre ne soignera pas la maladie. Que ce soit sur des blogs, des réseaux sociaux, des forums, en photo, vidéo ou texte, les pro-anas constituent un véritable « mouvement », en tous cas revendiqué comme tel par ses membres. Il semble de ce fait difficile de faire totalement disparaitre les pro-anas. Il suffit de quelques clics pour tomber sur un nombre considérable de blogs, sites, forums indépendants, voire de sites commerciaux surfant sur cette mode pour vendre des régimes présentés comme « les secrets des pro-anas ». De plus, leur interdire de s’exprimer ne ressoudera pas les dysfonctionnements à l’origine de cette vision pervertie de la beauté.

A ce niveau, il faut noter les récentes déclarations de la rédactrice en chef de l’édition italienne du magazine de mode « Vogue », Franca Sozzani. Au mois de décembre dernier, son magazine avait publié des photos assez troublantes d’un mannequin d’une extrême maigreur, Karlie Kross. Ces clichés avait bien entendu fait fureur sur les sites et forums pro-ana. Critiqué, « Vogue » avait finalement retiré les photos incriminées  de son site internet.

Mais pour Franca Sozzani, le problème n’est pas là. Dédouanant totalement la presse féminine et le monde de la mode, la rédactrice en chef a récemment donné un discours remarqué à Harvard dans lequel elle explique qu’internet est la principale raison du développement des troubles alimentaires. Sans une once d’autocritique, la journaliste même lancé une pétition demandant la suppression de ces sites, et signée à ce jour par plus de 10.500 personnes…

@Nouvel Obs

2 Réponses à “Anorexie : faut-il bouter les « pro-ana » hors du web ?”

  1. ALAIN dit :

    Un mouvement qui va jusqu’à la mort !!!
    ARSENE GRISALI

  2. mutuelle dit :

    Bonjour,
    Moi, je suis d’accord avec la suppression de ce site car, je me sens concerné, je m’inquiète pour ma fille et tant que je sais l’existence de ce site, j’ai pas la conscience tranquille.

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