Katyn.

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Le massacre de Katyń désigne le meurtre de plusieurs milliers de Polonais — essentiellement des personnalités, des officiers mais aussi des étudiants (officiers de réserve), des médecins et des membres des élites polonaises réputées hostiles à l’idéologie communiste — par la police politique de l’Union soviétique (le NKVD) au printemps 1940 dans une forêt russe près de Smolensk. Par extension, l’expression recouvre l’ensemble des exécutions de membres de l’élite polonaise (de 25 000 à 26 000 personnes) perpétrées en 1940 en divers lieux de l’ouest de l’URSS. Ce fut un des crimes parmi les plus symboliques lors du partage de la Pologne entre l’Allemagne nazie et l’Union soviétique.

L’URSS a nié ce massacre durant toute la guerre froide et ce n’est qu’en 1990 qu’il a été officiellement reconu.

À la suite du dernier partage de son territoire en 1795 entre la Prusse, l’Autriche et la Russie, la Pologne n’a plus eu d’existence en tant qu’État pendant 123 ans. Les Polonais subirent durant cette période la domination de leurs trois voisins autoritaires. Las de l’oppression russe, ils se révoltèrent en 1830 et 1863, soulevant une forte émotion dans les pays européens, mais furent impitoyablement réprimés. À la fin de la première guerre mondiale, la Pologne retrouve son indépendance. Cependant, la frontière avec la Russie est mal définie par le traité de Versailles. Alors que la Russie veut avancer vers l’ouest pour faire jonction avec la Hongrie soviétique et les révolutionnaires allemands, la Pologne veut récupérer, vers l’est, les territoires qu’elle a perdus lors des partages de la Pologne à fin du XVIIIe siècle.

Trop occupée avec sa guerre civile, la Russie laisse la Pologne lancer la première offensive de grande ampleur, l’opération Kieve, qui marque le début officiel de la guerre russo-polonais de 1920.. La Pologne est bientôt menacée par la supériorité numérique de l’Armée rouge, qui marche sur Varsovie. Soutenue par l’Angleterre et la France (le jeune officier Charles de Gaulle s’illustrera à cette occasion), elle résiste cependant victorieusement et impose à la Russie la paix de Riga, qui voit la Pologne gagner quelques 200km de territoire à l’est de l’ancienne frontière. Quelque 110 000 prisonniers soviétiques sont internés dans des camps, où environ 30 000 mourront de faim. Cette victoire polonaise laissera sans doute un désir de revanche à la Russie soviétique, notamment à Staline, personnellement impliqué dans l’offensive soviétique et sa défaite.

Cette animosité russo-polonaise sera renforcée à la fin des années 30, lorsque la Pologne refusera d’accorder un droit de passage sur son territoire à l’Armée rouge, que ce soit pour défendre la Tchécoslovaquie attaquée par Hitler en 1938, ou pour servir « d’avant poste » à l’Armée rouge contre les troupes nazies menaçantes (sans doute la Pologne craignait-elle que les Soviétiques n’en profitent pour récupérer les territoires perdus en 1920, sinon plus…). Staline, pour qui la collaboration polonaise était un minimum pour que l’alliance qu’il cherchait à conclure avec la France et l’Angleterre contre l’Allemagne nazie ait un sens, finit par perdre patience et tourne bride, signant le 23 août 1939 le pacte germano-soviétique. L’une des clauses secrètes de ce pacte consistait justement en un partage de la Pologne entre l’Allemagne et l’URSS, partage qui suivait à peu près le tracé proposé par les occidentaux lors de la guerre de 1920 (ligne Curzon).

La Pologne est finalement envahie par les armées allemandes le 1er septembre 1939, puis par l’Armée rouge le 17 septembre 1939 (les Soviétiques prétextant notamment le besoin de protection des populations biélorusses et ukrainiennes, majoritaires dans une partie des territoires polonais concernés).

Dès le 19 septembre 1939, le commissaire du peuple aux Affaires intérieures et à la Sécurité de l’État de l’URSS, Lavrenti Beria, ordonnait au NKVD de créer un « Directorat pour les Prisonniers de Guerre », afin de prendre en charge les prisonniers polonais. Le NKVD organisa un réseau de centres de détention et de camps de transfert, puis transféra les prisonniers dans l’ouest de l’URSS.

Environ 250 000 soldats polonais, dont 10 000 officiers, furent faits prisonniers par les Soviétiques. La moitié d’entre eux — les simples soldats — fut relâchée par l’Armée rouge, les autres étant confiés au NKVD, lequel relâcha rapidement 42 400 soldats pour la plupart de nationalité ukrainienne ou biélorusse et en livra aux Allemands 43 000 autres, originaires de Pologne occidentale. Au 19 novembre 1939, le NKVD ne détenait plus qu’environ 40 000 prisonniers de guerre dont à peu près 8 500 officiers et sous-officiers. Beaucoup furent employés comme travailleurs forcés. Dans le même temps, depuis les zones polonaises occupées, afin d’éliminer « les classes sociales hostiles » au communisme, des centaines de milliers de Polonais étaient déportés dans divers camps du Goulag.

 

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Fin février1940, 6 192 policiers et assimilés et 8 376 officiers restaient toujours internés. Ces prisonniers furent soigneusement triés. Les officiers, parmi lesquels de nombreux étudiants (car le système de conscription  polonais les incorporait systématiquement dans l’armée de réserve), furent rassemblés dans les deux camps de concentration de Kozielsk et de Starobielsk. Les cadres de la police, de la gendarmerie, des gardiens de prison, des gardes frontières et du scoutisme dans celui d’Ostachkov. Ces trois camps avaient également reçu des membres de l’élite civile polonaise (médecins, avocats, professeurs…), de même d’ailleurs que sept autres camps mineurs de l’URSS occidentale. La répartition des hommes était la suivante : 5 000 à Kozielsk, 6 570 à Ostachkov, et 4 000 à Starobielsk. Le jour de Noël 1939, les religieux de toutes les confessions en furent retirés. On suppose qu’ils furent éliminés. Tous ces hommes subirent de longs interrogatoires et un espionnage interne permanents destinés à repérer ceux qui seraient enclins à servir le communisme. L’échec fut total.[.

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Le 5 mars 1940, les membres du Politburo — Staline, Viatcheslav Molotov, Kliment Vorochilov  et Lavrenti Beria — signèrent l’ordre d’exécution des « nationalistes et contre-révolutionnaires » polonais, préparé par ce dernier. Lazare Kaganovitch et Mikhaïl Kalinine absents à la séance ne paraphèrent pas le document mais se prononcèrent favorablement

Les méthodes d’exécution avaient depuis longtemps déjà été éprouvées sur les citoyens soviétiques. Les condamnés étaient transportés en train jusqu’à la gare la plus proche puis en camion jusqu’à l’endroit de l’exécution. Les transports quotidiens étaient de moins de cent personnes. Chaque individu était ligoté séparément, puis placé sur le bord de la fosse, où on lui tirait une balle dans la nuque. Les exécutions s’effectuaient habituellement au moyen de pistolets Waltherfournis par Moscou, modèle de fabrication allemande, comme les balles, couramment exporté pendant la période 19200-19266, notamment en Estonie dont les arsenaux militaires venaient d’être saisis par les Soviétiques.

Entre le 3 avril et le 13 mai 1940, 4 404 prisonniers furent transportés de Kozielsk, dans la forêt de Katyń, près de Smolensk, située à environ 50 kilomètres de la frontière biélorusse, où ils furent abattus d’une balle dans la nuque et ensevelis dans des fosses communes. Les 3 896 prisonniers de Starobielsk furent assassinés dans les locaux du NKVD à Kharkov et les 6 287 hommes détenus à Ostachkov tués à Kalinine (aujourd’hui Tver). Les massacres ont donc concerné au cours de ces seuls trois mois plus de 14 400 Polonais. Il faut ajouter à cela près de 7 800 membres de réseaux de résistance et fonctionnaires divers, non mobilisés dans l’armée, qui, au titre de la décision du 5 mars 1940, furent fusillés par les OSO (Conseil spécial de la Police) ; on en compte 3 400 en Ukraine et 3 880 en Biélorussie.

En août 1940, donc quelques semaines seulement après le début de l’invasion de l’URSS par la Wehrmacht, les troupes allemandes découvrirent dans la forêt de Katyń un premier charnier qui contenait les restes de plusieurs centaines d’officiers polonais.Signal, l’hebdomadaire illustré de la Wehrmacht, publia des photos montrant l’exhumation des corps : les uniformes étaient reconnaissables et les cadavres étaient dans un état de décomposition assez peu avancée.
L’ensemble de la presse nazie exploita largement, à cette époque, la macabre découverte.

Cependant, ce n’était là qu’un préambule. En effet, fin 1942 des cheminots polonais, qui conduisaient les trains allemands, rapportèrent avoir entendu des paysans biélorusses parler de soldats polonais enterrés dans la forêt de Katyń. C’est ainsi que d’autres charniers, bien plus importants que celui de l’été 1941 furent découverts.

Au printemps 1943, les militaires allemands mettaient au jour plus de 4.500 corps d’officiers polonais empilés dans plusieurs fosses. Radio-Berlin rendit la découverte publique le 13 avril 1943 en accusant les Soviétiques du forfait. Deux jours après, ceux-ci nièrent leur responsabilité sur les ondes en répliquant que les nazis avaient commis ces atrocités lors de leuravance au cours de l’année 1941. Les autorités du Reich exploitèrent intensément l’événement dans le cadre de leur propagande antisémite jusqu’à l’été 1943. « Le mot d’ordre « Katyn » recouvrit la pire campagne antisémite qu’ait connu le régime depuis son avènement » analyse l’historien allemand Peter Longerich. Pour les nazis, ce massacre était un « massacre juif ». En retour « l’anéantissement des Juifs pour ne pas être anéantis par eux [...] constitua le cœur de la propagande sur Katyn »].

Les dirigeants du Reich (les dirigeants allemands et notamment le ministre de la propagande (Josèphe Gobbels) convoquèrent une commission internationale d’enquête médicale, composée d’experts venant de la Belgique, de Bulgarie, de Croatie, de Finlande de Danemark, de France, de Hongrie,d’Italie , des Pays-Bas, de Roumanie, de Suède , et de Slovaque.



Le général Sikorski durant la guerre.

Ils demandèrent par ailleurs à la Croix-Rouge d’envoyer indépendamment des experts à Katyń, demande appuyée par le général Sikorski, chef du gouvernement polonais en exil à Londres qui n’avait cessé d’exiger des Soviétiques des éclaircissements sur le sort des officiers disparus. Prenant prétexte de cette position qu’ils dénoncèrent comme « une collusion Hitler-Sikorski », les Soviétiques rompirent leurs relations avec les Polonais et lancèrent une campagne pour amener les Anglo-saxons à reconnaître le gouvernement pro-soviétique de Wanda Wasilewska[.

La Commission internationale publia ses conclusions fin mai : toutes les données recueillies, aussi bien les traces physiques que les témoignages, concouraient à placer le massacre au printemps 1940. Les Allemands en firent leur Livre Blanc. La commission technique de la Croix-Rouge aboutit à la même datation, mais décida de ne pas publier les conclusions de son enquête « afin de ne pas faire le jeu de la propagande allemande » qui utilisait la découverte pour enfoncer un coin entre Anglo-saxons et Soviétiques, ces derniers l’instrumentalisant pour focaliser la haine sur les « Germano-fascistes ». Les membres polonais de cette commission, dont quelques résistants à l’occupant allemand, envoyèrent cependant un rapport au gouvernement britannique qui fut classé ultra-secret et rendu public seulement en 1989, à Varsovie.

Le général Sikorski, accompagné de membres de son gouvernement, disparut le 4 juillet 1943dans un avion qui s’écrasa au décollage de Gibraltar. Que la cause, objet de polémique, fût accidentelle ou non, cette disparition était pour les Anglo-saxons un soulagement car l’intransigeance de la position tenue par le général polonais commençait à créer des frictions entre Alliés.

Il a été avancé l’hypothèse que Iakov Djougchvili (un des fils de Staline) se serait suicidé au camp de concentration de  Sachsenhausen le 14 avril 1943 après que la nouvelle du massacre fut parvenue à sa connaissance.

En 1944 ayant repris la zone de Katyń, les Soviétiques exhumèrent les corps. Ils mirent en place une « commission spéciale pour la vérification et l’enquête sur l’exécution par les envahisseurs nazis des officiers polonais prisonniers de guerre dans les bois de Katyń ». S’appuyant sur le fait que ces officiers avaient été abattus à l’aide de balles allemandes, la commission Burdenko concluait à l’assassinat par les nazis.

La même année, le président des Etats-Unis, Roosevelt missionna le capitaine George Earle, son envoyé spécial dans les Balkans, afin de compiler les informations sur ce dossier. Earle utilisa ses contacts en Bulgarie et en Roumanie et conclut que le coupable était l’Union soviétique. Le président rejeta ses conclusions et ordonna la destruction du rapport. Quand Earle insista pour le publier, le président lui intima par écrit l’ordre de ne pas le faire, puis l’affecta aux îles Samoa. Roosevelt déclara solennellement que cette affaire ne représentait « rien d’autre que de la propagande, un complot des Allemands » et qu’il était « convaincu que ce ne sont pas les Russes qui l’ont fait ».

De leur côté, les Britanniques bénéficiaient du rapport de leur ambassadeur auprès des Polonais, O’Malley, qui aboutissait à la même conclusion que George Earle. Ce qui ne modifia en rien la ligne stratégique adoptée par le gouvernement en vue de maintenir de bons rapports avec leur allié : faire en sorte « que l’histoire enregistre l’incident de la forêt de Katyń comme une tentative sans importance des Allemands pour retarder leur défaite ».

À la fin des hostilités, les Soviétiques déclarèrent zone interdite la région de Katyń, refusèrent toute enquête par des organisations internationales et, assurés du soutien passif (et, parfois même, actif) des Occidentaux, organisèrent, à l’aide des partis communistes locaux, selon la technique éprouvée de l’amalgame (ceux qui mettent en doute la thèse soviétique sont des pro-nazis), une campagne internationale pour discréditer les personnes connaissant le dossier par expérience directe et chasser de leur poste d’enseignant les membres de la Commission internationale de 1943 (les Pr Naville à Genève et Palmieri à Naples

Le gouvernement communiste de la nouvelle république populaire de Polgne quant à lui censura la question en accord avec la position soviétique. Cette attitude, couplée à celle des Anglo-saxons, qui mirent tout « en œuvre pour supprimer (…) les informations susceptibles de contredire la version soviétique », laissèrent les mains libres à la propagande stalinienne.

En 1990, le  dirigeant  de l’URSS Mikhaïl Gorbatchev, désirant assainir les relations avec la Pologne, reconnaissait que le NKVD était responsable du massacre et présenta des excuses officielles au peuple polonais. Mais ce n’est qu’en 1992 que le Président de la Russie, Boris Eltsine, ouvrant au public les archives des dirigeants de l’URSS, remit à  Lech Wałęsa, président de la république de Pologne, plusieurs documents émanant du comité central, dont l’ordre d’exécution des officiers polonais. La tuerie ayant été accomplie en violation des lois et de la constitution soviétique, il fit mettre en accusation le  Le Parti communiste de l’Union soviétique (PCUS), en tant qu’organisation criminelle, devant la Cour constitutionnelle de la Fédération de Russie.

Cependant, la transparence complète n’est toujours pas de mise puisqu’en mars 2005, en réponse à la demande de la Pologne lors du 65e anniversaire du massacre, la Russie refusa toujours de transmettre des documents sur le sujet, encore classés secrets (116 sur les 183 volumes d’archives rassemblées pendant les investigations et la décision d’y mettre un terme furent classifiés). Le procureur général militaire Alexandre Savenkov clôturait une dizaine d’années d’instruction du dossier par un non-lieu, qualifiant le massacre de « crime militaire » pour l’assassinat de 14 540 personnes — ni génocide ni crime contre l’humanité— ce qui lui accordait le bénéfice de la prescription (50 ans) et que par conséquent il n’y avait plus lieu à débattre sur le plan judiciaire. En réponse, l’Institut polonais de la mémoire nationale l’décidait d’engager sa propre enquête et le Sénat polonais votait un texte demandant aux Russes de déclassifier les archives concernées et de qualifier Katyń de génocide.

En mars 2005, Zbigniew Zaleski, eurodéputé de la Plate-forme civique et membre du PPE a demandé à Josephe Borrell, alors président du Parlement Européen, que l’assemblée observe une minute de silence en l’honneur des victimes. La requête lui a été refusée au motif qu’il n’est pas possible de consacrer des minutes de silence à tous les événements tragiques du passé, pour lesquels des demandes affluent.

En 2005, un crâne, oublié depuis la Seconde Guerre mondiale, refait son apparition à l’institut médico-légal de Copenhague. Membre de la commission internationale envoyée sur les lieux du massacre en 1943, le médecin légiste danois Helge Tramsen avait rapporté clandestinement de sa mission cet objet plutôt macabre. Sur place, il avait autopsié des cadavres portant des uniformes polonais, exécutés par balles. Les restes du cadavre furent identifiés et restitués aux autorités polonaises venues sur place.

En avril 2006, une plainte a été déposée devant la Cour européenne de Droit de l’Homme contre la Russie en vue de faire reconnaître le crime de Katyń comme crime contre l’humanité.

Le 7 avril, les premiers ministres polonais, Donald Tusk, et russe, Vladimir Poutine, ont participé ensemble au soixante-dixième anniversaire du massacre, à Katyn.

Le10 avril 2010, alors qu’il se rendait aux commémorations, le président polonais Lech Kaczynski périt dans une catastrophe aérienne lorsque son avion, un Tupolev Ti-154 , s’écrase à l’approche de l’aéroport de Smolensk (Russie) avec toute la délégation polonaise à bord. Parmi les autres victimes figurent son épouse et des familles d’officiers polonais exécutés, le président de la Banque centrale de Pologne Slawomir Skrzypek, le vice-ministre des affaires étrangères Andrzej Kremer, le chef d’état-major polonais Franciszek Gagor, l’ancien président polonais en exil à Londres Ryszard Kaczorowski i et le vice-maréchal de la Diète Kszysztof Putra.

Et j’espère que LK ne sera pas enterré à Wawel.

 

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