La vigilance

 

 

 

 

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Si vous regardez bien, vous verrez combien de gestes vous faites sans avoir décidé de les faire : pratiquement tous. Combien de paroles vous dites sans avoir décidé de les dire : pratiquement toutes. Combien de conversations commencent, sans décision consciente de se mettre à parler. Et puis regardez, non plus dans le détail de la vie quotidienne où c’est parfaitement perceptible mais dans les grandes orientations de votre existence, comment tout s’est déroulé. Vous pouvez toujours justifier, croire que vous êtes libres ; mais, si vous vous éveillez tant soit peu, vous verrez que ce n’est pas vrai. Vous vous rendrez compte: «Mais qui me dirige ? Qui me donne ces ordres ? Je suis comme le sujet hypnotisé qui commence « librement », vers quinze heures à organiser son expédition à Saint-Gervais pour pouvoir décider non moins librement de dîner chez Mme Lafont. »

La vigilance est exprimée en anglais par les mots awareness, mindfullness, collectedness, self-remembering et, en français, par recueillement, ou conscience, ou, selon la vieille expression chrétienne : présence à soi-même et à Dieu. Il n’y a pas de présence à Dieu sans présence à soi-même et il n’y a pas de réelle présence à soi-même sans présence à Dieu, si vous voulez utiliser le langage religieux. Trop d’entre vous, qui se disent chrétiens, n’ont eu qu’une formation morale et théologique; un petit peu d’étude du dogme et un petit peu de morale. Mais de ce qu’on appelle la théologie ascétique et mystique le chrétien ordinaire n’a aucune connaissance, qu’il soit protestant ou catholique. Si vous étudiez ce qui a fait l’essence de la vie des moines bénédictins, des moines trappistes, des moines chartreux ou des moines du mont Athos, vous verrez que toute la vie du moine est axée ou centrée sur cette nécessité de vigilance.

Extrait de A la recherche du Soi , volume 3 : « Le Vedanta et l’inconscient », Ed. de La Table Ronde, Paris 1979 .

 

LA PRISE DE CONSCIENCE  

Cette prise de conscience est possible pour celui qui a la détermination et l’acuité de regard nécessaires, à condition de comprendre que vos actions s’insèrent toujours dans un ensemble, l’ensemble de votre situation mentale et de la situation extérieure dans laquelle vous vous trouvez. Cette situation concrète, ici et maintenant, est votre meilleure garantie ou garde-fou contre les ordres souterrains de l’inconscient. L’inconscient, lui, ne connaît que sa propre loi et son propre monde. Il est à la source de la vision déformée par laquelle on ne vit pas dans le monde mais dans son monde. Seulement le monde, lui, est là. Et, si la buddhi est suffisante, instant après instant, pour nous aider à revenir de notre monde au monde, il est possible de cerner de manière indubitable ce fonctionnement purement réactionnel qui ne mérite en aucun cas de s’appeler « agir ». En se mesurant avec la réalité relative, il est possible de voir comment des mécanismes tout-puissants qui ne tiennent pas compte de cette réalité veulent s’imposer à vous. Et il existe une possibilité effective de chitta shuddhi (purification de cette mémoire inconsciente faite des vasanas et des samskaras) accomplie dans l’existence simplement par la décision de faire ou, pour reprendre le vocabulaire de Swâmiji, d’agir au lieu de réagir. C’est une lutte qui peut, pendant des années, vous paraître presque totalement vouée à l’échec. Et pourtant il y a une issue.

Le but, éveil ou libération, est la fin. de quelque chose. Une façon d’être – par conséquent une façon de voir l’existence et une façon de concevoir l’action – disparaît et l’action fait place à ce que les hindous et les bouddhistes appellent en anglais spontaneity . Mais nous n’en sommes pas là immédiatement et le chemin nous montre d’abord notre incapacité à faire. Les actions ne sont que des réactions, et Swâmiji insistait: «Dont mistake reaction for action » : « ne prenez pas une réaction pour une action». Par la connaissance de soi, vous découvrez peu à peu, et c’est déjà très important, que vous n’agissez pas. C’est une découverte, parce que les hommes vivent dans l’illusion d’agir : des mécanismes tout-puissants sont à l’oeuvre en vous, je dis bien tout-puissants, sur lesquels vous n’avez d’abord aucun pouvoir, qui ne tiennent pas compte de la réalité relative du monde phénoménal, et qui vous condamnent à vivre dans votre monde. Ces mécanismes suivent implacablement et stupidement leur propre loi. Certains destins ont été ravagés par ce genre de réactions et, vus du dehors, ils paraissent n’avoir été qu’une suite d’erreurs qu’un observateur peu psychologue jugerait évitables. L’observateur plus informé de la psychologie comprendra que ces erreurs obéissaient à des lois mais elles n’en sont pas moins douloureuses. Un premier aspect de la vision du réel, au moins à un certain niveau, c’est celui de ce divorce poignant, tragique, entre 1a plupart des existences et la réalité relative. II consiste à voir, autour de soi, les autres, mus par leurs propres mécanismes, aller de réactions en réactions au long d’une existence faite de souffrances, menée dans ce qu’on appelle en Inde « avidya », la non-vision, donc qui ne pourra pas conduire à la grande vision, a l’éveil, au dépassement de l’ego.

Extrait de A la recherche du Soi , volume 4 : « Tu es cela », Ed. de La Table Ronde, Paris 1979 . (p 152)

 

LE CŒUR  

Inévitablement, le cœur qui refuse nous coupe de la réalité et nous replonge ainsi dans le sens de l’ego séparé. L’état-sans-ego ne peut être autre chose qu’un retour du cœur à sa condition normale, c’est-à-dire l’adhésion. Si le cœur n’adhère pas, aucune réalité relative ne peut être connue. Seul cet assentiment du cœur permet d’accéder à une connaissance immédiate et non duelle de la réalité. [...] il n’y a rien à gagner qui ne soit déjà là. Le Royaume des Cieux est en effet présent au-dedans de vous, vous êtes le Soi, vous êtes Nature de Bouddha ; il ne s’agit pas d’acquérir quoique ce soit qui nous manque, mais plutôt d’enlever ce qui est en trop.

 

 

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